Transcription
1Monsieur, je vous avoys escript sur trois foys, lesdeux messagiers ayans
2esté saisis par les rebelles et l’aultre navons peu savoyr sil
3est mort ou vif. Je croy quavés esté adverty de la prinse du château
4d’Avansson que fust le IIIIe du present, en le abrevant de parolles à mielles
5leur disant quilz ne voliont fère que passer, leur bailhant des
6vivres comme les aultres foys et voyant leur point gaignarent
7lesglize et mirent le feu à la porte et ceux questiont au
8clochier sescandalizarent et se randirent, et ceux du château en firent
9bien tost après de mesmes. Quest ung grand interetz en se pays,
10nous teinant le passage d’Ambrun et de Briançon fermé en se pays
11et si je nusse mandé des soldatz à Jargayes, il estoyt bien grand
12dangier quilz nussent faict autant. Ung mien sergent y fust
13tué mès ilz les repoulçarent valhamant, Les païsans dudit lieu
14sont dung très maulvès acort aveq celuy que leur avés bailhé
15pour coumander estant maniés pour madame de Jargayes quest
16seur de monsieur de Monbrun, que tache pour tous mouiens
17d’y metre divorce et metre les rebelles dedans. Je nay point heu
18des lestres que me faysiés responce pour monsieur l’auditheur Faure
19car à son retour, ayant heu passeport de monsieur Desdiguières et
20Champolion et luy ayant faict bonne chière dans sa maison, ilz le
21firent prisonier à demy lieue de là et monsieur de Challol et prindrent
22tous ses papiers, quest ung grand preiudice à cause de la mostre
23des pouvres soldatz ; et pour navoyr heu l’inteligense de vous
24commandementz, nous assayerons de nous garder le mieux que
25nous pourrons aveq layde de Dieu. Les rebelles firent leur mostre
26tant à Chorge que à Mentz, Orpièrre, Serres, et sont en nombre
27tant bons que mauvès de sèze centz. Ceux que Ferrier et
28Estoublon commandent partirent jeudy passé et san alarent loger
29se pays partirent yer et san alarent coucher [à] Aspre et ainsi
31[30B]
32que jay entandu, il say desrobbé beaucoup de ses belistres que
33sestiont mitz avez heux pour desrober. Ilz ont faict leur
34testement avant que partir comme silz san aliont morir.
35Ilz ruinent par tout là où ilz pacent comme silz ne debviont
36jamais retourner et ont faict des violances et cruaultés
37plus grandes que lon eye jamais houy parler et principallement
38du cousté des Amergues, Heaurres et Sallarans, ayant prins
39les fammes et filhes par force les tuer, sont chouses espouvantables
40à hoyr les plaintes du pouvre peuple et les mizères quil
41souffre. Dieu nous oustera telle misère quant cognoistra
42que nous serons amandés. Ceux de Vitrolle ont faict
43cottés aux vilages dautour deux, se quilz nauront jamais
44faict et cella faict par ung nommé Buisson qui commande audit
45chateau pour le baron d’Allemaigne. Lesdits rebelles atandiont des
46forces que ledit baron debvoyt amener mais jay heu advis de
47sieur Carlo de Virague quil na rien peu fère en se pays là et
48a fallu quil san soyt allé en poste à Genefve, passant par la val
49d’Hoste. A Serre, aviont gecté troyz piesses mais ne ny a heu
50quune quaye rien valu quest ung cart de canon et en le
51prouvant, il a tué ou estroupié de XV à XX perssonnes que le
52filz de la fame de Ferrier est ung des mortz. Au retour
53quilz firent de se pays ou della Durance, ilz ont porté audit
54Serre troys centz quintalz de metal de clocher, disant quilz veulent
55fère troys piesses de baterie. Jespere que Dieu aveq votre ayde y aura
56proveu debvant que cella soyt parachevé ; pour vous fère
57entandre les affères au loing me cause destre prolixe à mon
58grand regret, vous suppliant recepvoyr mes très humbles
59à votre bonne grace, priant Notre Seigneur vous donner,
60monsieur, en parfaicte santé, longue hereuse vie. De Gap, se XVe mars
611574
62Votre plus humble à vous fère service
63Laborel
